Féline Marcin

Une lecture, un écho…

Chaque mot posé ici est une invitation à t’arrêter, écouter et ressentir.
Laisse-toi porter par ce qui résonne en toi, sans chercher à comprendre tout de suite.
Prends le temps d’accueillir, de vibrer, et de revenir à toi.

Le coming out : quand ce que je suis rencontre le regard des autres

Dans les deux premiers articles (voir les liens ici), tu as commencé par te questionner, puis à comprendre ce qui se passait en toi. Tu as reconnu une part de toi que tu avais longtemps gardée à distance, avant de commencer à l’accepter et à envisager de vivre davantage comme Toi.

Mais jusqu’ici, tout cela pouvait encore rester à l’intérieur.

Puis vient une nouvelle question :

« Comment vais-je leur annoncer ? »

Le coming out, c’est le moment où cette réalité intime commence à rencontrer le regard des autres.

Jeune femme de dos face à un miroir dans une salle de bain, photographie en noir et blanc

Le moment où il faut trouver ses mots

Faire son coming out ne commence pas forcément par une grande annonce. Parfois, c’est simplement un message. Une conversation. Quelques mots prononcés avec le cœur qui bat un peu plus vite que d’habitude.

Pour moi, il m’a fallu une semaine après avoir mis des mots sur ma transidentité avant de commencer à en parler. Pour d’autres, cela peut prendre des mois, des années, jamais…

Je pensais rentrer le week-end suivant et annoncer la nouvelle à ma compagne. Mais rien ne sortit. Je n’étais pas encore prête à le partager avec elle. Ce fut une semaine éprouvante de questionnement, de peurs, d’angoisses… et si :

      • Ils ne comprennent pas
      • Ils me disent que c’est n’importe quoi
      • Ils ne veulent pas en entendre parler
      • Ils ne disent rien et s’enferment dans le silence
      • Ils ne m’aiment plus…

J’en suis ressortie vidée, épuisée.

J’ai commencé par une personne de confiance, une personne qui m’avait toujours soutenu. Ma sœur fut la première. Et quand je lui ai annoncé que j’étais une femme transgenre, nous avons pleuré toutes les deux. Elle s’en voulait de ne pas avoir compris plus tôt.

Mais comment aurait-elle pu le comprendre alors que moi-même, je n’avais pas encore les mots ? 

Cette première expérience m’a appris quelque chose d’essentiel :

« on ne fait pas son coming out une seule fois. »

On commence par les personnes en qui on a confiance : un membre de sa famille, un ami, une amie. Puis, au fil du temps, il faut le refaire dans d’autres contextes : au travail, auprès de nouvelles personnes qui entrent dans notre vie, ou simplement lorsque notre situation change.

Chaque fois, il faut retrouver ses mots, reprendre son souffle et décider comment raconter une partie de soi. Et chaque fois, la peur peut être différente. Mais avec le temps, quelque chose change aussi.

À mesure que tu avances dans ton parcours, tu apprends à t’affirmer davantage. Tu n’as plus seulement à annoncer qui tu es : tu commences à le vivre pleinement.

Commencer par une personne auprès de laquelle on se sent en sécurité

Tu n’as pas besoin d’avoir un entourage proche pour faire ton premier pas. Tu peux choisir une personne avec laquelle tu te sens suffisamment en confiance : un proche, un professionnel, une association ou un groupe de parole.

Dans mon cas, j’ai eu la chance d’avoir autour de moi des personnes auprès desquelles je pouvais parler librement. Je n’ai pas choisi les premières personnes au hasard. J’ai commencé par celles dont je savais qu’elles pourraient entendre ce que j’avais à dire, sans jugement et sans chercher à me convaincre que je me trompais.

Aurore fut la seconde personne à qui je révélai ma transidentité. je savais que je pouvais lui faire confiance.
Dans un message, je lui glissais :
« Et si le beau devenait la belle ? »
Elle me répondit simplement :
« Elle sera la bienvenue comme lui l’était. Aucune différence pour moi. »
Elle ne fut pas surprise. Elle m’expliqua même qu’elle avait déjà perçu cette part de moi depuis longtemps.
Puis elle me dit :
« Je serai là avec toi. Ne l’oublie pas. »
Cette phrase m’est restée.

C’est aussi cela, le coming out : découvrir que certaines personnes peuvent devenir les premières à t’accompagner dans cette nouvelle étape.

Et leur réaction peut t’aider à prendre confiance pour la suite.

Tu n’es pas obligé de commencer par la personne la plus importante de ta vie. Tu peux commencer par celle auprès de qui tu te sens suffisamment en confiance pour prononcer les premiers mots.

Toutes les réactions ne sont pas les mêmes

Faire son coming out, c’est aussi accepter que certaines réactions puissent être négatives. C’est accepter le risque de perdre des personnes à qui l’on tient.

Une réaction difficile n’est pas nécessairement un rejet définitif. Certaines personnes ont besoin de temps pour comprendre, pour faire évoluer ce qu’elles avaient imaginé, pour poser des questions ou simplement pour s’habituer.

Pour certains proches, il y a aussi une forme de deuil à traverser. Le deuil de l’image qu’ils avaient de toi, de la vie qu’ils avaient imaginée pour toi, et parfois de certains projets qu’ils avaient associés à cette image.

Un deuil particulier, parce que la personne qu’ils aiment est toujours là, devant eux.

À cela peuvent s’ajouter des peurs : celles du regard des autres, de la société, de l’avenir… et parfois simplement la peur de ne pas savoir comment t’accompagner.

Mon père, par exemple, a accepté ma transition tout en ayant besoin de temps avant de pouvoir me revoir. Il m’a écrit qu’entre savoir et voir, il y avait une grande différence.

Aujourd’hui encore, cinq ans après, il ne souhaite pas me voir et nos conversations téléphoniques restent courtes. Son histoire me rappelle qu’une personne peut accepter ce que tu es, t’aimer profondément, et malgré tout ne pas être capable de vivre pleinement cette réalité.

Pour ma compagne, cette annonce bouleversait tout. Pour elle, ce n’était pas simplement découvrir que j’étais une femme trans. C’était remettre en question notre couple, nos projets, son propre rapport à notre relation.
Elle m’a demandé de ne rien dire à personne et de partir vivre ailleurs, là où personne ne nous connaîtrait.
Pour moi, c’était impossible. Je ne voulais plus vivre cachée.

Ces deux réactions différentes montrent une chose essentielle :

le coming out ne produit pas la même réalité pour celui qui le fait et pour celui qui le reçoit.

Pour toi, il peut représenter l’aboutissement d’années de réflexion. Pour l’autre, il peut être le début d’un long processus de compréhension.
Et ce processus n’a pas toujours la même durée, ni la même issue.

Le coming out n'est pas une obligation

On entend parfois qu’il faut « assumer » son identité et faire son coming out. Je pense que c’est beaucoup plus complexe que cela. Tu n’as pas à révéler une partie intime de toi si tu ne te sens pas prêt·e.

Et surtout, ta sécurité doit toujours passer avant le besoin d’être reconnu·e.

Certaines personnes savent profondément qui elles sont mais vivent encore leur identité de manière différente selon les endroits.
Elles peuvent être elles-mêmes à l’extérieur, avec certaines personnes de confiance, puis reprendre le rôle attendu d’elles lorsqu’elles rentrent chez elles.

Cette double vie peut être épuisante. Mais elle peut aussi être, dans certains contextes, une manière de se protéger.

Ne pas faire son coming out ne signifie pas que tu n’assumes pas qui tu es.

Il n’existe pas de calendrier universel. Tu fais ton coming out lorsque tu te sens suffisamment prêt·e à affronter le regard des autres et ce que cette révélation peut changer dans ta vie.

Ce moment n’est pas le même pour tout le monde. Et il n’a pas besoin d’être le même pour chaque personne à qui tu choisiras de le dire.

Quand on ose montrer au grand jour qui on est

Parler de ton identité à quelqu’un en qui tu as confiance est une première étape. Sortir dans la rue, entrer dans un magasin ou rencontrer des inconnus peuvent demander beaucoup de courage lorsque tu commences à te montrer au grand jour.

La visibilité peut faire peur.

Tu peux te demander ce que les autres vont penser. Craindre les regards, les remarques, les réactions…

Tu peux commencer par un endroit où tu te sens suffisamment en sécurité. Sortir avec une personne de confiance. Faire quelques courses. Aller prendre un café. Puis recommencer.
À chaque fois, tu apprends un peu plus à occuper ta place sans chercher constamment à te cacher.

Pour moi, cette étape a commencé lorsque je suis sortie en ville après avoir acheté mes prothèses mammaires et une perruque.
Les terrasses étaient pleines et la place de la République bondée. J’avais la sensation d’être enfin moi. Et pourtant, au milieu de cette place, je n’avais qu’une envie : être invisible.
Je regardais le sol en marchant et je n’osais pas croiser les regards.
Puis, petit à petit, quelque chose s’est passé. J’ai commencé à relever les yeux et j’ai même osé regarder quelques inconnus. Pas longtemps, certes, mais suffisamment pour comprendre que je pouvais être là, au milieu des autres, sans avoir besoin de disparaître.

Je venais de franchir une nouvelle étape.

La confiance vient parfois après le premier pas, et non avant.

Cette première visibilité peut sembler impressionnante. Pourtant, chaque fois que tu oses sortir, rencontrer des regards, entrer dans un lieu ou simplement vivre une journée sans chercher à te cacher, quelque chose change en toi.

Tu peux parfois découvrir que tu peux être visible sans que le monde autour de toi s’écroule.

Cette étape ne se construit pas de la même manière pour tout le monde. Tu peux avancer progressivement, selon les endroits, les personnes et les situations dans lesquelles tu te sens prêt·e à être pleinement toi.

Il n’y a pas une seule manière de devenir visible. L’important est d’avancer à un rythme qui te permet de rester suffisamment en sécurité.
Et un jour tu réaliseras que tu ne réfléchis plus à chacun de tes gestes, à ta voix, à tes vêtements ou aux regards autour de toi.

Tu es simplement là. Tu vis. Et tu n’essaies plus de cacher celle ou celui que tu es.

Le coming out auprès du monde professionnel

Le monde professionnel est une étape particulière.

Tu peux être entouré de personnes que tu n’as pas choisies et ne pas savoir comment elles réagiront. Certaines personnes trans sont accueillies avec bienveillance. D’autres doivent faire face à des questions maladroites, des remarques, des discriminations ou parfois des situations beaucoup plus difficiles.

Il n’est donc pas toujours simple de savoir s’il faut en parler, à qui, quand et comment.

Tu peux commencer par une personne de confiance : un collègue, un responsable, une personne des ressources humaines ou un représentant du personnel. Tu n’es pas non plus obligé·e de tout expliquer. Ton identité t’appartient et tu peux choisir ce que tu souhaites partager.

Dans mon cas, j’ai eu la chance d’être entourée de personnes bienveillantes.

Je travaillais sur un grand chantier de BTP où plusieurs centaines de personnes étaient présentes. Je savais qu’en sortant en ville habillée en femme, je finirais forcément par croiser des collègues. J’ai donc choisi de prendre les devants.

J’ai commencé par mon directeur de projet. J’étais prête à quitter mon travail si sa réaction était négative. Mais il m’a simplement assuré de son soutien et m’a demandé de venir lui parler si je rencontrais des difficultés.

Quelques jours plus tard  je suis arrivée au travail habillée en femme pour la première fois.
Mon stress était indescriptible, mais je savais que je ne voulais plus vivre en cachant une partie de moi.

Mon expérience s’est bien passée. Mais elle ne représente pas celle de toutes les personnes trans.

Si tu crains pour ton emploi, ta sécurité ou ton équilibre, tu n’as pas à te mettre en danger pour faire ton coming out. Une association, un professionnel, un représentant du personnel ou une personne de confiance peut t’aider à réfléchir à la manière la plus sûre d’aborder cette étape.

Ton coming out au travail t’appartient. Tu peux choisir quand, comment, auprès de qui et jusqu’où tu souhaites aller.

Quand le regard des autres change

Ton coming out ne change pas seulement la manière dont les autres te voient. Il peut aussi transformer tes relations.

Certaines personnes vont s’adapter rapidement. D’autres auront besoin de temps. Certaines vont continuer à t’aimer, mais auront du mal à changer leurs habitudes, ton prénom ou leur façon de te genrer.

Et parfois, malgré les années partagées, une relation peut finir par ne plus être possible.

J’ai vécu cela avec un ami que je connaissais depuis mes 7 ans.
Il avait accepté mon coming out, mais il avait toujours eu beaucoup de difficultés à me genrer correctement. J’ai longtemps accepté ses maladresses, en me disant qu’il lui fallait simplement du temps.
Jusqu’au jour où nous avons eu une discussion qui a tout changé.

Il m’a dit que, pour lui, je serais toujours « il ».

Ce jour-là, j’ai compris que je ne pouvais plus continuer à accepter cette situation.
J’ai mis un terme à notre amitié.

Il y a une différence entre avoir besoin de temps pour s’adapter et refuser de reconnaître la personne que tu es.

Ton coming out peut ainsi révéler certaines choses dans tes relations. Il peut rapprocher des personnes, en éloigner d’autres et parfois te conduire à poser des limites que tu n’aurais jamais imaginé devoir poser.
Perdre quelqu’un que tu aimais est douloureux. Mais rester dans une relation où tu dois constamment accepter de ne pas être reconnue comme la personne que tu es peut devenir profondément douloureux aussi.

Tu ne peux pas choisir la manière dont les autres vont accueillir ton changement.
Mais tu peux choisir ce que tu acceptes dans les relations que tu souhaites continuer à construire.

Ton coming out t'appartient

Il n’existe pas une seule bonne manière de faire son coming out.

Tu peux commencer par une personne. Écrire plutôt que parler. Choisir un moment précis. Attendre. Le faire progressivement. Ou décider de ne pas le faire auprès de certaines personnes.
Ton identité n’a pas besoin d’être annoncée pour être réelle. Tu n’as pas non plus besoin de tout dire, ni de répondre à toutes les questions. Ce qui compte, c’est que cette étape corresponde à ce dont tu as besoin, à ton rythme et à ta situation.

Le coming out n’est pas la fin du chemin.
C’est le moment où ta véritable identité commence à rencontrer le monde extérieur.

Et si tu as besoin d'en parler ?

Peut-être que tu réfléchis à ton propre coming out.

Peut-être que tu l’as déjà fait et que les réactions de ton entourage te bouleversent.

Si tu as simplement besoin de déposer ce que tu vis, tu peux me contacter.

FAQ — Coming out

Non. Ton identité reste réelle, que tu choisisses ou non de la révéler. Le coming out est une décision personnelle et tu peux choisir de ne pas en parler à certaines personnes.

Il n’existe pas de moment idéal. Le bon moment est celui qui correspond à ta situation, à ton niveau de préparation et à ta sécurité. Tu peux aussi choisir de ne pas le faire tout de suite.

Il n’existe pas une seule façon de faire. Tu peux en parler directement, écrire un message ou une lettre, ou commencer par une personne en qui tu as confiance. Tu peux aussi choisir de le faire progressivement.

Une réaction difficile peut être douloureuse, mais elle ne remet pas en question qui tu es. Tu peux chercher du soutien auprès de personnes de confiance et prendre de la distance si tu en as besoin.

Si ta sécurité est en jeu, ta protection passe avant ton coming out.

Oui. Certaines personnes ont besoin de temps pour comprendre, intégrer cette nouvelle réalité et faire évoluer leur regard. Leur chemin peut être plus long que le tien.

Cela ne signifie pas pour autant que tu dois attendre indéfiniment ou accepter des comportements qui te blessent.

Oui. La peur est fréquente, même lorsque tu es profondément sûr·e de ton identité. Tu peux craindre le rejet, l’incompréhension, la perte d’une relation ou simplement le changement du regard des autres.

Avoir peur ne signifie pas que tu n’es pas prêt·e. Cela peut simplement signifier que ce que tu t’apprêtes à révéler compte pour toi.

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